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Notre agriculture est en crise : regards croisés sur les enjeux et opportunités du secteur maraîcher au Canada

L’étude « Notre agriculture est en crise : regards croisés sur les enjeux et opportunités du secteur maraîcher au Canada » a été menée par Sabrina Rimouche, étudiante au CReSP et doctorante au Département de nutrition de l’Université de Montréal, sous la direction de Jean-Claude Moubarac, chercheur au CReSP et professeur agrégé au Département de nutrition de la Faculté de médecine de l'UdeM. 

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Lire le résumé (en anglais)

Déroulement de l'étude

En 2022, cette équipe de recherche a mené une étude indiquant que les agriculteurs canadiens gagnaient trois à huit fois plus de revenus en vendant leurs aliments frais et peu transformés sur le marché plutôt qu’à l’industrie de la transformation alimentaire en tant qu’ingrédient de produit transformés ou ultra-transformés. Cependant, malgré cet avantage, plusieurs agriculteurs continuent de privilégier cette dernière. Dans ce contexte, cette étude qualitative permet de comprendre ces dynamiques et d’évaluer dans quelle mesure le système alimentaire actuel favorise la production et la mise en marché d’aliments frais et peu transformés ? Pour ce faire, nous avons mené des entrevues au Québec et en Ontario auprès de 20 agriculteurs, 14 représentants d’organismes qui œuvrent dans le secteur agricole et 2 décideurs politiques. Les données ont été analysées en adoptant une approche déductive et inductive à partir d’un cadre conceptuel inspiré d’une étude sur la conversion à l'agriculture biologique.

Conclusions de l'étude

Les résultats dévoilent la nature systémique des défis rencontrés par les petits et moyens producteurs. Bien que les agriculteurs confirment les avantages économiques liés à la vente d’aliments frais et peu transformés auprès de l’industrie de la transformation, plusieurs sont contraints de se tourner vers ce modèle comme une solution pragmatique face à un système agro-industriel et économique qui ne soutient pas suffisamment la vente d’aliments frais locaux. Dans ce contexte, les principaux défis évoqués incluent un manque de cohérence des politiques publiques, des contraintes réglementaires inadaptées à leurs réalités, des coûts de production élevés et un accès difficile à la main d’œuvre et à la terre. Les enjeux de santé mentale et de contraintes climatiques ont également été relevés. Tandis que la majorité des intervenants confirment ces constats, les décideurs, bien que conscients de ces contraintes, soulignent que les politiques agricoles ne sont pas structurées autour d’objectifs de santé publique et que leur efficacité est mesurée par des indicateurs de performance économique. Malgré ces défis, plusieurs leviers d’action ont été identifiés, notamment le soutien de certains programmes gouvernementaux, un intérêt croissant des consommateurs pour l’achat local, le développement de l’agrotourisme dans les régions, des initiatives communautaires ainsi que des modèles coopératifs prometteurs.

Recommandations du rapport

Dans le contexte actuel, il est essentiel de repenser la vision de l’agriculture et de reconnaitre le rôle central des agriculteurs face aux enjeux de santé publique, de durabilité environnementale et de résilience territoriale. A ce titre, il est nécessaire d’élaborer des politiques publiques plus cohérentes à travers une vision partagée entre les acteurs, impliquant une participation active des agriculteurs, des acteurs de la sécurité alimentaire et des collectivités locales afin de mettre en œuvre des stratégies adaptées aux spécificités de chaque territoire. Il est également suggéré de favoriser un système alimentaire territorialisé, diversifié et durable accordant plus de place aux modèles alternatifs et en mettant en place des outils économiques et de marché adapté tels que des infrastructures de mutualisation, un revenu minimum garanti ou encore une exception agricole dans les accords de libre-échange.